"...если сочинения, где знание, распространяемое и имеющее хождение в рамках университетской системы, серьезно ставилось бы под вопрос, вообще могут появиться на свет, то почему бы этому не произойти в узком, вроде нашего с вами, кругу, который поставил бы себе за правило не публиковать сочинения к вящей славе их автора, а высказывать, невзирая на последствия, строго обоснованные со структурной точки зрения мысли."

Жак Лакан

Le commentaire au 12 châpitre du 17ième séminaire de Jacques Lacan




«Et puis enfin, au niveau du discours de l'Analyste, qui curieusement - naturellement personne, tout au moins jusqu'à présent, ne le remarque c’est qu'à prendre ca pour la production, c'est assez curieux que ce qui se produise ce ne soit rien d'autre   que le discours du Maître, puisque c'est S1 qui vient en avant. Peut-être que justement tout de même, si on a fait ces trois quarts de tour, et quand même, comme je le disais la dernière fois quand j'ai quitté Vincennes, c'est peut-être que c'est du discours de l'Analyste que peut surgir un autre style de signi­fiant-Maître».

Jacques Lacan 17ième séminaire.


Ce n’est pas par hasard que le signifiant principal S1, structurant autour de lui le discours du Maître, occupe une place centrale dans n’importe quel discours d’un sujet névrotique. En parlant du discours analytique, Lacan le met en avant aussi, en nous indiquant la structure la plus essentielle et en même temps la plus problématique, dans le monde psychique d’un sujet.   C’est justement S1 qui, tout en étant le Maître dans le discours du maître, forme un sujet-esclave, celui qui est privé de son propre désir, celui pour lequel, dorénavant, le désir de l’Autre devient son propre désir.

Voilà comment sont la nature et les désirs, auxquels on est confronté pendant une analyse.

Il est probable que pour beaucoup d’analystes, ce soit leur propre désir, dont ils ne se rendent pas compte, celui qui appartient au domaine de l’inconscient et donc incontrôlable, qui soit devenu un obstacle insurmontable dans l’analyse.  Pour ce qui concerne les clients, cette analyse-là les confronte à un désir, pour lequel il ne reste que d’adhérer au celui de l’analyste dans le domaine de l’inconscient. L’image que l’on vient de décrire est très bien illustrée par une comparaison de Lacan : un couple analyste-analysant est comparé à deux épinoches qui font leur danse nuptiale en faisant les mêmes mouvements.

 

Il est possible que si ce ne soit  pas avec l’inconscient, alors ce soit avec le désir délibéré que la psychanalyse didactique doive nous confronter. Il est possible mais seulement à condition qu’un analyste-instructeur se rende bien compte de son propre désir aussi. La psychanalyse comme n’importe quelle pratique qui touche l’Etre d’un sujet, d’une façon ou d’une autre nous confrontera toujours au désir.

Actuellement beaucoup d’analystes mettent en avant du mécanisme de fonctionnement de la psychanalyse, en tant que méthode médicale, l’effet produit par le retour des souvenirs refoulés qui sont directement liés au symptôme. Assez souvant ces souvenirs sont capables d’influencer, voire faire disparaître le symptôme mais... à la place de ce symptôme apparaît un autre, plus parfait, plus habile à tromper la conscience d’un patient. Comme si l’analysant devient subordonné à une sorte de force mystérieuse qui, dorénavant, le fait bouger dans le sens opposé en l’empêchant d’extraire ses souvenirs.  Et ce n’est qu’après quelque temps, peu à peu, qu’à travers de ce soi-disant «résistance», l’essentiel de ce compartement – la jouissance – se revèle.

La jouissance qui, à la fin des comptes, représente le moteur du Désir. C’est justement ce Désir, puissant, insoumis, tout-détruisant, que l’on trouve partout : dans un symptôme, dans un rêve, dans une erreur (une faute). Ça reste toujours imperceptible, à l’ombre, tout en dirigeant néanmoins le sujet. Ainsi  il faut toujours regarder un symptôme en tant qu’un appui, un élément d’extra, qui malgré la souffrance apparente, apporte beaucoup d’avantages cachés.

Si on consent avec les conclusions données  on sera donc obligé à se poser la question : si un symptôme est subordonné au Désir , s’il n’est qu’un moyen permettant à l’Etre d’un sujet de se réaliser, alors à quoi sert la psychanalyse? A quoi sert cette troisième profession impossible d’après Lacan ? En effet «analyser», en tant que «diriger» et «instruire» est contraire au Désir d’un sujet.

Et la réponse sera la suivante : la psychanalyse, bien qu’elle soit en contradiction avec cela , permet quand même de traiter le désir  de nouvelle manière.

Le psychanalyste, étant le maître d’une situation analytique, joue donc un rôle du grand Autre. Mais le paradoxe de cet Autre c’est qu’il est privé de son propre désir. Le plus désirable et le plus intéressant pour lui c’est la Connaissance sur le désir d’un analysant et pas des masques et des semblants que le sujet a l’habitude d’utiliser et de mettre sur lui afin de satisfaire les désirs des Autres ordinaires.

Pour l’analyste il n’y a pas de notions comme «bon», «mauvais», c’est avec le même intérêt qu’il perçoit n’importe quelle manifestation venant d’un sujet. Le psychanalyste, pendant une séance, fait disparaître son propre Désir et, comme ça, permet de poser une question :  «Et toi, analysant, que veux-tu ?». L’analyste apprend à l’analysant à comprendre pourquoi les manifestations d’un symptôme sont justes et adéquates à la situation où il (l’analysant) se trouve.     C’est justement la connaissance sur son propre désir qui est ce signifiant principal de nouveau type ; le signifiant qui doit apparaître chez un sujet pendant une analyse.

De cette définition des objectifs de la séance psychanalytique ressort l’origine d‘une notion psychanalytique de «la santé mentale» – c’est-à-dire l’état où le sujet est au maximum d’accord avec son propre désir et au minimum – un esclave des désirs de l’Autre.


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